Lettre ouverte à ceux qui voudront bien la lire …

Les attaques de vendredi relèvent d’une barbarie inouïe, expression d’une haine aveugle d’un autre âge. Au regard de la personnalité de ceux qui en revendiquent la responsabilité, au regard de leur diatribe habituelle, cette haine revêt les oripeaux d’une religion, d’une foi instrumentalisées pour mieux se diriger contre « les croisés ». Il ne m’appartient pas de commettre ici la moindre tentative de compréhension, ne serait ce d’analyse de l’irrationnel meurtrier. J’y vois surtout une volonté délibérée d’abattre une civilisation porteuse de valeurs.

Valeurs de respect et de tolérance, d’indépendance et de liberté ; de la juste reconnaissance de l’autre naît une société apaisée.

Le combat contre la loi dite de « modernisation » du système de santé repose sur des valeurs similaires.

Les médecins et professionnels de santé libéraux se sont mobilisés, encore une fois, à l’aube de ce 13 novembre, pour défendre ces valeurs.

Les médecins et professionnels de santé libéraux se sont mobilisés, encore une fois, en cette tragique soirée du 13 novembre, au nom de ces valeurs, mais également de ce don de soi qui les nourrit : soigner tous, en toutes circonstances. Ou pour reprendre les prescriptions du Baron Percy au chirurgiens de la Grande Armée (1811) :

« Allez où la Patrie et l’Humanité vous appellent ; soyez-y toujours prêts à servir l’une et l’autre et, s’il le faut, sachez imiter ceux de vos généreux compagnons, qui, au même poste, sont morts, martyrs de ce dévouement intrépide et magnanime qui est le véritable acte de foi des hommes de notre état. »

Et c’est bien sur le territoire national, au cœur de notre capitale, qu’ils ont été appelés par l’une et l’autre à remplir leur devoir.

Au delà de l’indicible, de l’inconcevable, au delà de l’empathie envers les victimes, leurs familles, leurs amis, au delà de mon incommensurable respect pour tous ceux qui se sont mobilisés et se mobilisent encore sans compter, soignants et force de l’ordre, mais également ceux dont on ne saura jamais les noms du fait de leur engagement au service de notre sécurité, le temps est au deuil. Celui des disparus, celui aussi d’un changement profond de notre quotidien, de notre société, de notre avenir immédiat au regard des mesures exceptionnelles prises par le Chef de l’État.

Le temps est au respect, au silence, au recueillement.

Le temps est aussi à la réaffirmation de nos valeurs essentielles et fondamentales face à la barbarie, à l’obscurantisme, au fanatisme.

L’État d’urgence décrété renforce les pouvoirs de police des autorités civiles. Cette mesure de sauvegarde nous engage, chacun, à redéfinir ses priorités, ne serait-ce par la restriction de certaines libertés individuelles et l’interdiction des rassemblements.

Nous avons su vendredi définir nos priorités, et prendre nos responsabilités.

Nous continuerons avec dignité, fermeté et conviction.

Au delà de l’effroi, de la souffrance, de l’intense émotion qui nous ont été infligés, ne nous abaissons pas dans des polémiques indignes. Je comprends les questionnements de certains, mais n’en approuve ni la forme, ni la temporalité ; la réaction dans l’urgence et l’instant est toujours disproportionnée.

A l’heure où nos valeurs et celle de notre société sont attaquées comme jamais, la priorité me paraît être au renforcement de notre cohésion en tant que peuple et Nation.

En corollaire, la loi de « modernisation » du système de santé paraît à la fois bien dérisoire dans son aspect « prioritaire » et bien d’importance dans les réformes sociétales qu’elle porte. Il paraitrait indécent de poursuivre son processus législatif dans un contexte où le débat public se trouve de facto contraint. Réformer un des piliers de la société alors même que cette dernière se trouve sous le feu ennemi serait il responsable ? Quelle serait donc l’urgence de cette réforme du système de santé dans le contexte actuel ?

Les professionnels de santé libéraux ont su prendre leurs responsabilités et attendent de leur ministre de tutelle qu’elle sache garantir un processus législatif démocratique bénéficiant des conditions d’une liberté d’expression rétablie en ajournant ce dernier.

Docteur Eric Blondet

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